Wilhelm von Humboldt an Sir Charles Colville, September 1830, Datierung unklar

|126r|
To Sir Charles Colville, Governor of Isle de France.
Monsieur,

J’ai reçu par la complaisance de Sir Alexandre Johnston <qui ne cesse de me combler de bontés et d’amitiés,> plusieurs ouvrages imprimés et une notice manuscrite sur la langue Malgache <(Malagasy language)> que Vous avez eû la bonté, Monsieur, de lui addresser pour moi. Je prends la liberté de Vous en présenter moi-même par ces lignes mes plus sincères et plus vifs remercimens. Ces écrits ont été m’ont été d’un très-grand secours dans les études que je poursuis dans ce moment, et je crois pouvoir <Vous> assurer que Vous rendez, Monsieur, par Votre sage et intelligente direction des travaux des Missionaires |sic| Anglois à Madagascar un service extrêmement imp important <aussi> à l’étude générale des langues.

On s’étoit apperçu depuis longtemps d’une grande affinité des mots de la langue de Madagascar et de la Malaise (Malayan language) <Malaye>. M.r Marsden, Crawfurd, Malte-Brun et d’autres auteurs en parlant d’une manière plus ou moins précise dans leurs ouvrages. Mais les preuves de cette assertion se bornoient à la comparaison d’un nombre limité de mots, et la question ne pouvoit pas être <véritablement> approfondie, puisqu’on |126v| étendoit les recherches uniquement sur la langue Malaise <Malaye> proprement dite parlée dans la Péninsule de Malacca (Malayan language) et non pas aussi sur les langues des Isles Philippines telles que la langue Tagale, Bisaye cet. Il est infiniment à regretter que les Auteurs qui ainsi que Raffles, Marsden et Crawfurd, ont répondu tout à jour|?| sur les Malais et leurs divers tribes, ayant caché|?| du cercle de leurs recherches les langues qui je viens de nommer. J’ai taché de remplir cette lacune. Je me suis attaché en même temps d’avantage à la recherche des formes grammaticales, puisqu’il est certain que ces formes sont liés intimement liées à la manière de penser et de s’énoncer des peuples et que leur conformité prouve <l’identité des langues> d’une manière plus particulière encore que l’affinité des mots, l’identité [des lan+] des langues. <mots.> En poursuivant cette route, je suis parvenû au point où je crois pouvoir établir d’une manière positive les fait suivans. La langue Malgache est une des langues de la grande famille des Peuples qu’on nomme de race Malaise <Malaye>. Parmi ces langues celles des Isles Philippines dont j’ai surtout approfondi la Tagale, sont pour le nombre, la variété & la régularité des formes grammaticales à peu près ce que le Sanscrit est dans la famille qui dérivent de la même souche. La langue Malaise <Malaye> <proprement dite> au contraire se trouve être par la simplicité de sa structure, et le petit nombre de formes grammaticales à peu près dans le même rapport vis à vis du Sanscrit <de la langue Tagale> que la l’Anglois vis à vis de l’Allemand ou que le François vis à vis du Latin. La langue Malgache ressemble sur le rapport de sa Grammaire beaucoup plus à la langue Tagale qu’à la langue Malaise. <qu’au Malay.> Sa conformité avec la première de ces deux langues est frappante et prouve évidemment une affinité qu’on permit |127r| presque nommer identité. On ne La supposition que le <l’île de> Madagascar ait été peuplée par des colonies envoyées par les Malais proprement dits à l’époque où leur commerce et leur navigation commençoient à fleurir, me paroit par cette raison inadmissible. Il semble au contraire que cette isle a eû bien antérieurement à cette époque des habitans de la même race et parlant la même langue. Aussi n’ai-t-on aucune trace <aucune trace> qu’elle ait jamais été habituée par une autre peuplade. <Les tribes Arabes qu’on dit y trouver, ne peuvent pas y être regardées <regardées> comme indigenes.> Tout ce qu’on peut dire, c’est que le fait que les isles du grand Océan entre l’Asie et la Nouvelle Hollande sont peuplées par des tribes de la race Malaise <Malaye> s’applique aussi au à Madagascar. L’origine de ce phénomene se perd dans la nuit des temps. Il f Je dois ajouter à ce que je viens de dire que les langues des isles depuis la Nouvelle Hollande Zelande jusqu’à l’isle de Papu Paques ont aussi une grande conformité avec celles dont je viens de parler. Mais elles en diffèrent sous d’autres points, et c’est un autre problême duquel je m’occupe également, de décou fixer le dégré d’affinité et le rapport dans lequel ces langues se trouvent avec les langues Malayes.

Pour baser les résultats que je viens Vous exposer ici sommairement <ici>, Monsieur, sur des preuves indubitables, il est<, Monsieur,> indispensablement nécessaire d’entrer dans les recherches les plus minutieuses sur la Grammaire et la formation de mots dans ces différentes langues, et c’est sous ce point de vue que les [communications] * notices que j’ai re reçues par Votre entremise et que je me flatte d’obtenir encore, sont d’un si grand prix pour moi. J’ai pris la liberté L’analyse de quelques versets de l’Evangèle de St. Marc faite par M.r Freemann |sic| m’a été très-utile. J’ai pris la liberté de lui écrire et j’ose Vous transmettre cette lettre. Je lui |127v| ai soumis une série de questions, je lui ai exposé ma manière d’expliquer plusieurs façons de parler particulières à la langue Malgache. J’ai ajouté une analyse faite par moi de <d’>un passage de l’Evangèle de St. Matthieu. Si je pouvais obtenir ou par M.r Freemann ou par un autre Missionnaire à Votre choix, Monsieur, une qui vouloît s’occuper à résoudre mes questions et à rectifier mes assertions, <ce que j’avance> une réponse exacte et détaillée à sur ce travail dont j’ai gardé copie, cela m’avanceroit prodigieusement dans <faciliteroit prodigieusement> mes recherches. J’apprendrois par surtout par là, en combien je puis me fier à ma manière de résoudre les difficultés de cette langue. Le noble zele avec lequel Vous voulez bien, Monsieur, seconder les recherches scientifiques de quelque genre qu’elles soyent, m’inspire la confiance que Vous ne me taxerez pas d’indiscrétion pour Vous avoir addressé une lettre aussi longue et pour avoir compté si fort sur Votre indulgente bienveillance.

Veuillez permettre que je profite en même temps de cette occasion pour Vous présenter l’assurance de la haute considération avec laquelle j’ai l’honneur d’être,
Monsieur,