Wilhelm von Humboldt an Sir Alexander Johnston, Juli 1831

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Sir Alexander Johnston.
Mon cher Monsieur et ami,

Vous avez eû la bonté <complaisance> de m’écrire avec Votre bonté accoutumée en date du 5. Mai, et je Vous prie de vouloir bien m’excuser de ne Vous en présenter qu’aujourd’hui mes sincères et vifs remercimens. Vos bontés m’ont muni de si beaux matériaux pour mes études que je ne saurois assez, <Monsieur,> Vous en exprimer ma reconnoisance.

J’ai fait prendre une copie exacte de la Grammaire du Missoinaire Jeffreys et j’ai completté mes Vocabulaires de la langue de Madagascar par celui que Me. Metcalf m’a envoyé par Votre entremise. Mon premier soin à mon retour à Berlin sera de <Vous> renvoyer à cette Dame à Vous ou à Mr. Rosen les 9 cahiers manuscrits qu’elle m’a fait passer. J’ai prié Mr. Rosen de prendre en mon nom un certain nombre d’exemplaires du petit ouvrage que Me. Metcalf vend au profit de ses enfans. Je crois lui avoir témoigné par là ma gratitude de sa complaisance. Je dois au reste Vous dire, Mr. en confiance <entre nous> que ce Manuscrit de feu Mr. Jeffreys n’est pas d’un aussi grand intérêt que je l’avais espéré. Le Vocabulaire paroit une première ebauche et renforme trop peu de mots, et la Grammaire est trop courte et donne une idée trop peu détaillée des formes grammaticales de la langue. Au lieu de cela les pages sont remplies de longs Paradigmes dont on se passeroit facilement connoissant une fois les regles d’après lesquelles ils sont formés. Malgré ce jugement que la vérité me force de former de ce Manuscrit je *, j’avoue volontiers que j’y ai puisé des notions extrémement intéressantes et qui me servissent jointes à la Grammaire imprimée dans les Annales maritimes, aux notes que Vous m’avez fait tenir|?| de St. Mauritius et aux recherches que j’ai faites moi-même en analysant les vocabulaires qui m’ont été communiquées de la Bibliotheque de Paris, à développer le systeme grammatical de cette langue d’une manière plus complette et plus satisfaisante. Ce que je veux dire est seulement que, s’il ne falloit parler que dans l’intérêt de la science, je ne con-|160v|seillerois pas d’imprimer précisément cette Grammaire de Mr. Jeffreys, mais puisque je suis sûr, d’après les notes de Mr. Freeman, que les Missionaires actuels, s’ils n’en possèdent possèdent pas déja une plus complette, sont en étât d’en faire une.

Vous me demandez, Mr. si Me. Metcalf et Mr. Farquhar pourroient espérer de retirer quelque bénéfice de la publication de leurs manuscrits en Allemagne Je regrette vivement de devoir dire que cela seroit absolument impossible. On trouveroit, même en renonçant à toute idée d’intérêt, difficilement un libraire pour les imprimer. Je me trouverai <J’éprouverai> probablement dans cet embaras à la publication de mon ouvrage sur les langues Malaies et serai obligé d’y ****** <d’en fournir moi-même> une partie des fraix.

La publication du Dictionnaire de Mr. Farquhar seroit pourtant une véritable acquisition pour l’étude des langues. Autant que je puis juger de cet ouvrage, il est plus complet et mieux rédigé que tout ce que j’ai vû jusqu’ici en fait de vocabulaires de la langue de Madagascar. Si malheureusement aucun libraire à Londres ne veut se charger de cette publication, il faudroit au moins tâcher de le vendre à une des grandes Bibliothèques de l’Angleterre pour empêcher qu’il ne passe d’héritier en héritier et reste enseveli dans des papiers de famille de sorte que personne ne puisse en faire un usage scientifique. Vous me parlez dans Votre lettre du 7. Mai, Mr. aussi d’une Grammaire de * en possession de Mr. Farquhare |sic|. J’ignorois jusqu’ici qu’il y en eût une, et ni Vous, ni Mr. Rosen n’en ont fait mention jusqu’ici. Si elle est du même mérite que le Dictionnaire, je suis sûr pourtant qu’un libraire de Londres se l’imprimeroit facilement. Les fraix ne sauroient être être considérables, et les Grammaires trouvent p toujours un plus grand nombre d’acheteurs.

Les bonnes dispositions de Mr. <Sir CharlesColville pour mes études dont Vous avez la bonté de me parler dans Votre lettre, Mr. me font espérer une prompte réponse à mes questions sur le Malagazy |sic|. Je m’en promets de grands éclairissemens sur cette langue et suis vraîment impatient de les obtenir.

Je profite avec le plus grand plaisir et avec la plus vive |161r| reconnoissance des nouvelles offres obligentes que Vous me faites touchant Sir Edouard Parry. Une connoissance plus approfondie des peuple <langues> de New South Wales et du païs de van Diemen seroit du plus grand intérêt pour moi. Elle serviroit à résoudre la question, si les habitans noirs et à poil crêpû qui se trouvent encore dans l’intérieur des îles Philippines et de quelques autres voisines, ainsi que ceux de la Nouvelle Guinée, appartiennent à la même race d’hommes que ceux de la Nouvelle Hollande et des païs que Sir Edouard Parry visite dans ce moment. Si ces derniers offroient quelques notices déjà rédigées sur une ou autre des langues qui y sont parlées, il me seroit très précieux d’en obtenir une copie. S’il n’existoit encore rien dans ce genre, je prierois Sir Edouard de recueillir lui-même de la bouche des habitans des Vocabulaires, et s’il étoit possible des dialogues disposés de manière à faire connoître les Pronoms, la Déclinaison des noms et la Conjugaison des Verbes. Le petit ouvrage du Missionnaire Threlked[a] que Vous avez eû la bonté de m’envoyer il y a quelque temps, pourroit servir de modèle pour cela.

Je Vous prie, Mr. de présenter mes hommages à Lady Johnston et à Mesdemoiselles Vos filles. Ma fille ainée me charge également de la rappeller à rappeller à leur souvenir amical, ainsi qu’au Vôtre, Mr. Elle étudie l’Anglois avec grand empressement et y a fait des pro progrès considérables. Elle s’est rendue avec moi ici pour se servir faire usage des bains de mer[b]; mais nous serons de retour à Berlin à la fin du mois prochain.

Je vois par Votre lettre, Mr. que mon portrait fait par Lawrence, a obtenû l’honneur d’être placé dans Buckingham Palace. Je conçois * **r que le corps et la taille y sont moins réussi que le visage. <ne me ressemble pas. Le fait est que le corps ne m’appartient pas.> Lawrence avoit eû la singulière idée de me peindre sur une toile sur laquelle il existoit déjà un autre portrait, celui d’un Ecossois beaucoup plus gros et fort que moi. Lawrence n’a terminé que la tête, et son **** ** m’ayant probablement jamais vû n’aura pas [assez] [d*****é] l’encolure de mon prédécesseur sur la toile. <Il n’avoit effacé que la tête de mon prédécesseur sur la toile et cette réunion bizarre de la tête et du corps de deux personnes différentes semble encore subsister encore.> On a fait de moi à Berlin un portrait lithographié de |161v| moi que Vous pouvez avoir * vû chez ma fille à Londres. Si Vous le trouviez ressemblant, je serois très-flatté de Vous en offrir un exemplaire.

<J’ai lû quelquepart qu’un Anglois nommé Henderson doit avoir découvert les ruines d’un temple Hindou dans la Nouvelle Hollande.[c] Ce fait seroit fort important. Veuillez me dire, Mr. ce que l’on en pense à Londres?>

C’est avec les sentimens de la considération la plus distinguée que j’ai l’honneur d’être,
Monsieur,

Fußnoten

    1. a |Editor| Lancelot Edward Threlkeld (1788–1859) s. Niel Gunson, 'Threlkeld, Lancelot Edward (1788–1859), Australian Dictionary of Biography, Vol. 2 (Melbourne: University Press 1967) S. 528–530.
    2. b |Editor| Diese Aussage spricht dafür, dass Humboldt sich auf Norderney aufhielt, als er diesen Brief verfasste. Die Briefauflistung bei Mattson (1980, Nr. 8380–8390) zeigt, dass Humboldt von Mitte Juli bis Ende August 1831 auf der Insel war.
    3. c |Editor| Siehe John Henderson: Observations on the colonies of New South Wales and Van Diemen’s Land (Calcutta: The Baptist Mission Press 1832) S. 145f.