Eugène Vincent Stanislas Jacquet an Wilhelm von Humboldt, 06.05.1832

|43r| Monsieur le Baron

J’ai l’honneur de vous envoyer ci-joint la mise en pages de la lettre que vous avez bien voulu m’adresser au commencement de Janvier. Personne plus que moi ne regrette le retard qu’a eprouvé la publication de cet interessant article, j’en ai hâté l’impression avec les plus vives instances; mais les difficultés de l’execution materielle jointes au trop plein du Journal (qui a presque toujours de la matiere composée pour quatre mois en avance) n’ont pas permis de placer votre lettre avant le mois de Juin. Je dois, Monsieur, vous rendre compte des difficultés que je signale: celles qui ont le plus entravé la composition, sont la gravure et le clichâge de caracteres Boughis et de caracteres Tagalo-Bissays, conformes aux specimens qui accompagnent votre memoire; ç’a été pour la Societé asiatique l’occasion d’assurer deux corps-de-caracteres de plus à l’erudition orientale. J’ai lieu d’esperer, Monsieur le Baron, que vous serez satisfait de la fidelité et de la |43v| netteté de ces deux corps ; il y a bien quelques lettres (dans le Bonghi |sic|)[a] qui pourraient être l’objet de critiques severes, le w le p et le dj particulierement; aussi seront elles regravées; mais j’ai pensé que cette nouvelle operation pourrait apporter de nouveaux retards, et consultant notre impatience commune de voir publier ce memoire, j’ai fait employer à l’impression les lettres un peu fautives que j’ai eu l’honneur de vous indiquer. Vous remarquerez, Monsieur le Baron, sur l’epreuve que j’ai jointe à cette lettre, un petit nombre de fautes qui auront disparu de la 4e et definitive epreuve; j’ai indiqué les plus importantes. Je n’ose croire que le tirage à part vous parvienne avant le mois d’août: l’imprimerie royale est une administration et ce dernier mot en France implicite toujours l’idée de lenteur. Sans ces inexplicables retards, j’aurais deja depuis longtemps eu l’honneur de vous adresser à vous, Monsieur le Baron, et à Monsieur votre frere des exemplaires d’une brochure intitulée Bibliotheque Malaye.

Je m’occupe toujours activement de rassembler des materiaux pour la redaction des observations que vous m’avez permis de faire |44r| sur quelques unes des opinions enoncées dans votre lettre et à cette occasion, Monsieur le Baron, je solliciterai quelques secours de votre complaisance. Vous avez trouvé, m’écrit Mr le C.ller Klaproth, dans le 3e vol. des voyages de Ramisso[b] un très bel alphabet Tagala; j’attache, je l’avoue, une très grande importance aux formes de ces caracteres; ne serait-ce pas abuser de votre bonté, Monsieur, que de vous prier de m’envoyer le calque de cet alphabet, le voyage de Ramisso m’etant tout à fait inconnu, même de nom.

C’est avec la plus vive impatience, Monsieur, que j’attends la publication de votre memoire sur le Kawi dans le Recueil de l’academie <de> Berlin: l’immense question que vous avez traitée doit exciter l’interet de tous les savans, de ceux mêmes qui ne se sont pas occupés de l’etude des langues Polynesiennes; je ne doute point que votre savant memoire ne fasse traverser la mer des Calingas à quelques Indianistes, qui voudront visiter à Java les ruines de la langue Samskrite

Je crois prevenir vos desirs, Monsieur le Baron, en vous |44v| communiquant des nouvelles de la santé de Mr a. Remusat que Monsieur votre frere avait laissé gravement indisposé. Une fievre assez violente s’est declarée, elle a été suivie d’une grande faiblesse; on pense qu’il n’y a lieu à concevoir aucune inquietude, mais le retablissement paraît devoir être bien long et bien penible.

Je vous prie, Monsieur le Baron, de vouloir bien être mon interprete auprès de Monsieur a. de humboldt et recevoir l’assurance de ma consideration la plus distinguée et la mieux sentie

Paris ce 6 mai
E. Jacquet

Fußnoten

    1. a |Editor| Gemeint ist Bugis bzw. Buginesisch.
    2. b |Editor| Gemeint ist wohl Adelbert von Chamisso