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  3. Nr. 421

André Adolphe Baron de Merian an Wilhelm von Humboldt, 19.03.1827

|105r| Monsieur le baron,

Je prends la liberté de vous adresser quelques remarques ou plutôt quelques questions sur votre lettre du 7 mars 1826[a]. Veuillez, je vous en prie, les considérer comme un foible essai, et les acceuillir avec bonté.

p. 2.[b] Ne seroit-il pas permis de remplacer cette opposition par une gradation? Il me semble que dans toutes les |105v| langues il y a un peu de tout, seulement plus ou moins développé, plus ou moins avancé, et diversement mélangé. Tout marche, et le chinois comme le reste, quoique plus lentement. Je puis me figurer l’époque où les sesquipedalia verba du Samscrit se trouvoient encore dans un état de compacité[1] et de germination [p. 16.] semblable à celui de certaines formes du chinois d’aujourd’hui, qui déja n’est plus celui de Confucius [p. 109. 113.].

S’il en étoit ainsi, nous verrions le chinois considérablement rapproché des autres langues, dont il ne seroit plus qu’une variété arrièrée sous le rapport des formes grammaticales. Cela |106r| ne voudroit pas dire qu’il ne les aura jamais, ni que les classes qui les possèdent les ont toujours eus. Les Observations 1.[c] et 21.[d] de M. Rémusat paroîssent être d’accord avec cette façon de voir. Une simple conjecture, que je placerai à la p. 51., n’aura à faire qu’aux époques, sans rien changer à l’essence du langage.

|p.| 4. 55. 56. Mais cette analyse x. C’est bien là une vérité qu’on ne sauroit assez inculquer. L’erreur de faire tout venir du dehors, et d’assimiler ainsi notre ame à une motte de beurre frais, est aussi nuisible qu’elle est commune.

|106v| |p.| 6. <| Handschrift wvh| 7.>[e] Substance, action, qualité & Quand il est question des parties du discours, l’on se trouveroit peut-être mieux de l’ordre suivant:

Action, mot vivant, généralité [verbe][2]
Passion, mot mort, spécialité [nom][3]
Rapport [mot vide] [particule]

Les deux derniers naîssent du premier: du moins je ne rencontre pas de nom ou de particule qui ne soit précédé de son verbe[4]: et j’ai été surpris de ce que M. Rémusat p. 117.[f] pense au contraire que c’est la mort qui crée la vie. La première place n’appartiendroit-elle pas plutôt à la vie, au principe actif? Du reste cette succession |107r| n’empêche point cette identité des formes des diverses parties du discours que nous appercevons dans le chinois, l’hébreu[5], le tonquin, et dans tant d’autres langues, sans en excepter l’allemand. Votre lettre, Monsieur le baron, et vos mémoires m’expliquent parfaitement cette identité et ce développement successif, au moyen du chinois; mon désir seroit uniquement de rendre leur dignité aux verbes, expressions des idées générales, et d’éviter une opposition [Gegensatz] entre les langues, que je ne crois pas être dans la nature. Dans ceci je suis peut-être un peu Brahmane: mais aux yeux de Monsieur le baron de Humboldt ce ne sera pas un désavantage. L’infini-|107v|tif vient à mon appui: ce n’est pas, je crois, le nom qui devient infinitif, c’est bien l’infinitif qui devient nom: la généralité se spécialise, s’individualise. [p. 19. 23. 30. 100] La collection de 2-3000 formes samscrites qu’on est convenu d’appeler Racines, et qui sont toutes verbales, est un des forts arguments en faveur de la précédence du verbe.

|p.| 12. La distinction x. C’est la seule bonne explication que je connoisse d’un phénomene qui est à la fois un défaut et une beauté. Je vous en suis très-obligé.

|p.| 15. Me seroit-il permis de protester ici tant-soit-peu contre[h] |108r| le terme inventeurs? Je me sens incapable de le concilier avec cette belle page 55. à laquelle, à mon tour, je ne puis pas renoncer, malgré tous les Lucrece, Horace, Locke, Voltaire, Rousseau, Volney etc. passés et futurs.

|p.| 18. Si je ne me trompe, l’er copte est un verbe, dont la signification est égale à celle de l’inde karna [creare] de l’acra mong, du turc mak, mek [machen] du quichua kuni, kini [cinnare]. L’er de l’infinitif françois x.[i] pourroit encore être le même préfixe changé en postfixe, ce qui expliqueroit aim-er ou er-aim par faire l’amour. |108v| Le radical seroit aim ou am qui, sous une forme antique, auroit servi de verbe, de nom, et au besoin de particule [p. 22. 39]. Je tâche toujours de remonter aux monosyllabes [p. 85.] et je regarde comme postérieur tout ce qui est polysyllabe, sans faire grace |sic| au samscrit tel qu’il nous a été transmis.

|p.| 19. Je crois m’être apperçu plus d’une fois que nous sommes enclins à accorder trop d’importance à ce petit être que nous avons décoré du nom assez singulier de verbe substantif. Des centaines de langues s’en passent, et ne s’en portent pas moins bien. Nos écoles avec leur subjectum, attribu-|109r|tum, et copula, nous ont persuadé que cette copula est une dame de haut-rang, tandis qu’elle n’est au fond qu’une entremetteuse[j]. Le verbe, indispensable par-tout |sic| ailleurs, ne l’est pas dans la simple proposition affirmative ou négative. Qui dit cheval blanc, homme non bon, dit tout ce qu’il faut: le chinois, le sémitique, le slave, le latin et grec, les langues du Nord de l’Asie, et bien d’autres encore en font foi. „Mais elles sousentendent la copula.“ Qui le sait? D’ailleurs un verbe réel n’est jamais sousentendu. La sentence de Sadi: jouir, sagesse; faire jouir, vertu n’a nul besoin de la copula; dans père aime fils, |109v| mère nourrit enfant le verbe, qui est réel, est nécessaire: il est centre [p. 11.]

Ce verbe être [je dirois presque factice] composé de tant de lambeaux qui signifioient diversement naître, bouger, vivre, durer, rester, habiter, vieillir, se tenir de bout |sic| x. xx. n’a pu se trouver parmi les premières énonciations, et aura été assemblé plus tard par les grammairiens et employé comme copula par analogie des verbes réels, parceque, ne distinguant pas suffisamment entre l’état vague [existence] et l’état déterminé [action p. 18.] ils croyoient que la phrase même la plus simple ne pouvoit pas se passer de ce secours. Il est |110r| d’ailleurs, j’en conviens, si commode, qu’il n’est pas étonnant que son emploi, dans les langues plus cultivées, soit devenu plus fréquent de jour en jour.

|p.| 19. consiste x. Tel est aussi en allemand l’ordre de la phrase. Le même ordre s’observe dans les mots composés chinois, tandis qu’en sémitique, françois et ailleurs c’est le contraire. Cette différence n’a pas été expliquée encore. Elle a paru fort extraordinaire à M. Rémusat [Eléments § 79. 80.] de même que le datif § 86. Et M. Rémusat sait l’allemand! Il prend apparement la construction françoise pour règle universelle.

|110v| |p.| 22. 99. Les prépositions x. Ce qui est arrivé au chinois, est arrivé, je crois, partout. Il me paroît plus que probable qu’on a dit un jour [je me servirai d’un exemple anglois] man want hand: et que peu-à-peu ce want [quant au sens et quant à la forme] est devenu wina, ohne, ἄνευ, ce qui a donné la locution de homme sans main. Ce même verbe, plus usé encore, a fait le an, un, in, αν, α privatif, qui s’est joint au nom: de–là ἀνὴρ ἄχειρ.[6]

|p.| 24. 100. On doit toujours oser quand on a raison; et répéter un solésisme reconnu, uniquement parcequ’il a 200 ans d’existence, paroîtra sans doute un peu |111r| trop chinois à mainte tête allemande.

|p.| 34. Malgré ces nuances et l’Observation 12.[k] je serois tenté de prendre tche, tchi, ti pour le même mot.

C’est à peuprès |sic| ainsi que ich will nicht daß er komme n’est guere |sic| autre chose que: ich will nicht deßen [τοῦ] Kommen: ou ich will nicht das [τὸ] sein Kommen.[l] Les formes angloises, gaeles, coptes, berberes, indes, tubetes x. sont tout près:

|p.| 35. 106. Les véritables causes de la divergence sont 1° l’habitude de dilacération [p. 121.] 2° le trop grand respect porté aux formes grammaticales joint |111v| au désir de justifier le chinois qui n’en a pas, 3° le singulier attachement à cette malheureuse écriture, à laquelle les orientalistes ne cessent de prêter une importance, qu’en sa qualité de servante de la parole[m], elle n’a jamais eue ni pu avoir. Quelques uns ont poussé l’extravagance jusqu’à soutenir qu’elle avoit précédé la langue[7]. D’autres, à l’heure qu’il est, avouent, mais ce n’est qu’en tremblant, qu’il pourroit en être autrement; ils cèdent un peu, mais à contre-coeur. [Sylvestre de Sacy, Rapport x. Rémusat Eléments § 186.]. Cette inquiétude vient de ce qu’ils ont tous commencé par essayer de lire, que la diffi-|112r|culté de cette lecture les a occupés exclusivement pendant bien longtemps, et qu’une fois parvenus à lire passablement, ils ont cru tenir la langue, tandis qu’ils ne tenoient au fond que les caracteres et leur valeur. Passant de-là à ce qu’ils savent de la langue parlée[8], ils n’ont pas trouvé trop étrange que les nations eussent fait comme eux, et, muettes comme des carpes, se fassent d’abord amusées à tracer des images, auxquelles, plus tard, certains savants auroient attaché quelques sons en guise de grelots. Vous avez dit la même chose, Monsieur le baron, mais beaucoup mieux et plus succintement, à la p. 45. et vous y avez ajouté une petite leçon excellente |112v| pour ceux dont l’idiome actuel, plus que tout autre, is a langage |sic| of phrases [Chesterf.[n]] qu’ils n’osent pas briser et qu’ils sont incapables d’analyser.

Le passage essentiel de l’Observation 13.[o] est le dernier, où l’auteur avoue enfin, et pour la première fois, et pas trop nettement encore, la ressemblance infaillible des idiomes de l’univers.

|p.| 39. — en les regardant comme des mots pleins. La même circonstance n’auroit-elle pas lieu dans toutes les langues? Le moindre petit préfixe <ou postfixe> n’auroit-il pas, ou n’auroit-il pas eu du moins, sa signification propre et pleine? [Journ. asiat. XXV. p. 52. 56.]

|113r| Je pense que plus on observe les langues, et plus on découvre d’analogies. Les disparates, de même que les anomalies, s’affoiblissent au fur et mesure qu’on avance.

|p.| 42. C’est toujours x. On ne perdroit rien à procéder ainsi partout.

|p.| 47. accent. J’en fais peu de cas partout ailleurs que dans les langues germaniques européennes où, par un noble privilege[p], il coïncide sans exception avec la syllabe radicale.[9] [Schöll p. 34. 138.[q]]. Les longues listes de Deguignes m’ont prouvé que souvent le même mot chinois prend plusieurs accents, et que souvent le même accent, se trouve sur plusieurs mots |113| de même son, mais de sens des plus divers. Ces 4 ou 5 accents peuvent avoir, tant bien que mal, quelque rapport à la prononciation[10]: ils n’en ont surement pas de général et régulier à la notion renfermée dans le mot; et M. Rémusat en convient, Observation 4.[r] et 5.[s] où, soit dit en passant, il auroit plus aisément expliqué son wang, s’il avoit commencé par le verbe gouverner et finie par gouverneur [roi] et gouvernement: regere, rector [rex] rectio [p. 6.] aulieu |sic| de sauter du nom au verbe pour revenir au nom. Cet exemple est une nouvelle preuve de l’incertitude des accents: car si l’accent aigu étoit bien inhérent à la forme |114r| verbale[11], comment pourroit-il rester sur le mot wang lorsque celui-ci signifie gouvernement?

|p.| 49. base unique N’est-ce pas un peu trop mettre au néant l’existence des regles de la Syntaxe?[t]

plus ou moins: impossible de tirer une ligne de démarcation — Je suis charmé de trouver ici ces expressions. Ce terme de plus ou moins, peu sublime il est vrai, m’a toujours paru de la plus grande justesse en fait de langue. Je suis, je ne le cache point, exclusivement pour les gradations [p. 2.] les ponts, les anneaux de la chaine, enfin pour tout ce qui est transition et nuance, parfois im-|114v|perceptible. Je crois fermement et malgré les Recherches IV. p. 136. que rien n’est isolé, que toutes les langues anciennes et modernes ne sont qu’une langue, et qu’il sera très-difficile si non impossible d’indiquer une centaine de mots correctement représentés de quel idiome du globe que ce soit, qui n’auroient aucune analogie précise avec des mots d’un autre idiome fort éloigné.

|p.| 51. Si les rapports grammaticaux ont été marqués d’emblée dans le langage primitif [terme que je suis extrêmement content de trouver ici][u] qui sait si les chinois qui ont l’air de les attendre, ne les ont pas eus et perdus? C’est une idée qui me |115r| passe par la tête. Ils ont perdu tant de choses! et jusqu’aux éléments caractéristiques[12] d’une infinité de leurs mots, qui, par-là, ont pris, comme ceux de la mer du Sud, un véritable aspect d’huîtres.[13]

Chose semblable est arrivée à la langue françoise dont les vu pu et eu ne représentent plus que très-foiblement les veduto, potuto, et avuto x.

La langue angloise a perdu des syllabes finales, et a été ramenée vers l’ancien monosyllabisme qui ne distinguoit pas les formes du verbe et du nom.

|p.| 55. 56. Ces belles pages méritent d’être écrites en or. Elles tuent |115v| ce matérialisme et mécanisme qui est la honte de notre temps. Elles rendent à l’ame <ce qui appartient à l’ame>, et séparent enfin notre origine de celle des grenouilles, des tapirs, des blaireaux, et des ours[14].

Sans la langue l’homme ne seroit pas homme: elle l’accompagne partout, se modifie avec lui: elle n’est pas plus jeune que l’homme, comme elle ne sauroit être plus vieille.

|p.| 61. Créateurs des langues. Ne seroit-il pas plus exact de dire qu’il n’y a qu’un créateur de langue, que c’est Dieu, et que le reste est développement? Nous croyons souvent créer là où, tout-au-plus, nous modifions. Je dis, tout-au-|116r|plus, car il me paroît démontré que le relativement très-petit nombre de grammairiens et de stylistes n’a point cette grande influence sur le langage humain[w] que l’école lui attribue ordinairement. Ce langage va son train sans s’inquiéter trop du bon plaisir des mandarins, qui ne sont jamais plus amusants que lorsqu’ils entreprennent de le fixer.

|p.| 70. 71. 72. Il étoit essentiel de détruire encore ce préjugé de l’enfance des nations.

|p.| 77. races dégradées. Je pense que dans l’état actuel de la science, il est impossible de douter de ce fait. Il sert à écarter entièrement de très-grandes |116v| difficultés, et, en même temp |sic|, il nous apprend à juger de la perspicacité des sophistes qui ont été chercher le type pur du genre humain dans les marais de l’autre hémisphère |sic|

|p.| 78 <au bas> Deux conquêtes completes |sic| auroient sans doute influé, si, par bonheur ou par malheur pour la langue chinoise, les nations conquérantes n’avoient été considérablement inférieures en science à la nation conquise. Soit conquérante, soit conquise, c’est toujours la langue plus cultivée qui finit par l’emporter, et engloutir l’autre. Nous voyons cela partout.

|p.| 79. L’écriture chinoise exprime par un seul signe chaque mot et |117r| chaque partie intégrante des mots composés. Cette phrase fait ma consolation. Ce n’est donc plus l’idée, c’est le mot [le son] qu’exprime l’écriture chinoise comme toute autre. Et puis, cette écriture chinoise ne s’oppose pas à l’expression des mots composés.[x] Pourquoi donc s’opposeroit-elle aussi inviciblement que le suppose M. Résumat dans ses Observations 13.[y] 14.[z] 22.[aa] à l’expression des affixes? Si cette écriture, dont beaucoup de caractères sont des monogrammes, peut exprimer des polysyllabes [p. 84.] si elle désigne duement man-like [je me sers encore de l’anglais à cause de l’Observ. 19.[ab]] pourquoi n’exprimeroit-|117v|elle pas manly? Un radical avec son ou ses affixes ne fait-il pas un véritable mot composé? et peking [Weißenburg] qui pourtant passe pour un seul mot, est-il plus facile à écrire que pelin – je suppose – [weiß-lich, white-like]? Il ne s’agiroit que de connoître la valeur des affixes [Journ. asiat. XXV. p. 56. 57.] La langue parlée ne se regle |sic| pas sur la langue écrite, comme les savants croyent, parcequ’ils écrivent: la langue écrite se règle sur la langue parlée [p. 84.]

Je ne puis donc qu’être parfaitement d’accord avec ce qui est dit à la première moitié de la p. 80. et à la p. 83. et suiv. et je crois qu’|118r|il faut chercher ailleurs que dans une docte écriture, appanage de quelques lettrés, la cause de l’absence des formes grammaticales, s’il est bien constaté que cette absence se fait remarquer dans l’universalité de la langue chinoise tant parlée qu’écrite.

Dans ce cas, je dirois que la p. 8. fournit une heureuse indication: ce n’est pas par l’imagination que les Chinois brillent: c’est bien le peuple le plus prosaïque de la terre – lent, mesuré, prudent, pointilleux, et surtout tenace, il differe |sic| des Grecs autant et de la même façon que les deux idiomes différent. Une fois tombé dans la route exclusive de la Syntaxe, il y trottera [sans |118v| regarder ni à droite ni à gauche, comme il fait dans les arts] probablement jusqu’à l’arrivée de quelque Clive ou Hastings. [p. 82.]

|p.| 82. rapports entre les sons et les idées. Je n’ai pas pu les découvrir.

|p.| 85. accent. Cette observation ne se borneroit-elle pas aux langues germaniques? Je serois en peine de placer l’accent[ac] d’unité en françois p. ex. sur impenétrabilité, incommensurabilité x [p. 47.]

|p.| 87. amalgame. Une comparaison de l’allemand et du françois conduiroit peut-être à un |119r| autre résultat. Ce dernier idiome que Volney appelle un habit d’arlequin, se montre pauvre et sans ton vis-à-vis de l’allemand, surtout du vieux allemand [Grimm[ad]].

|p.| 88. remonter à l’origine. Cette cause n’est pas encore désespérée.

|p.| 112. Exprimer x. Eveiller x. Deux expositions qui me paroîssent parfaites: je crois qu’il est impossible de mieux caractériser les deux moyens classique et chinois.

|p.| 121. On pourroit penser x. Non seulement on peut, mais on doit le penser. M. Rémusat en a donné la preuve dans ses Mé-|119v|langes en parlant des dialectes: mais il a malheureusement retourné le fait, et s’est imaginé, contre toute analogie, que les provinces ont ajouté l’élément final, tandis qu’il est évident que la capitale [le langage de la cour et des savants] l’a ôté [Asia pol. p. 358]. Si, aulieu |sic| de pe [toile] nous prononçons [très probablement avec le peuple, dont le langage cent fois plus important dans tous les pays que celui des salons et des académies, est impardonnablement négligé] pen, peng, ping, pang ou seulement pao, paï, pi, nous arrivons d’emblée à une ligature, texture, couverture[15], à la racine enfin qui a donné |120r| pann-us; si au lieu de pe [cent] nous prononçons pek, pak, nous avons le mot provincial chinois[16] [au Caucase baega, en quichua pachak] si aulieu |sic| de pe [primus] nous prononçons peg, beg, nous avons le nom si repandu en orient;[17] si au lieu de pe [cyprès] nous prononçons pek, pik, fek, fik nous avons l’analogue de Fichte, πεύκη, pic-inus. Or cette prononciation est tout aussi légitime que la précédente, et que celles que Asia pol. p. 376. offre comme équivalentes de pe [blanc][18]. Une autre forme provinciale de ce pe est pet, paït = white.

Le passage p. 121. est très-remarquable: M. Rémusat |120v| y convient d’une différence qui s’est usée, mais il cherche encore dans l’écriture un effet qui appartient à la parole. Il est à regretter qu’un savant distingué, qui auroit tant de facilités à suivre la nouvelle route, ne puisse pas se résoudre à abandonner nettement la vieille, à se soustraire entièrement à cette tyrannie du pinceau, à renoncer une fois pour toutes à cette triste habitude de dilacération et d’isolation qui est aussi funeste aux progrès des sciences qu’elle est contraire à la nature des choses. Jamais on ne discutera bien une partie, sans avoir embrassé l’ensemble, autant que la faiblesse humaine |121r| le permet[19].

Les principes mis en avant dans ces feuilles sont-ils vrais? L’application en décidera.

Veuillez recevoir je vous prie, Monsieur le baron, l’assurance reitérée de la considération la plus distinguée avec laquelle j’ai l’honneur d’être
Monsieur le baron
de Votre Excellence
le très-humble
très-obéissant serviteur
Bn Merian
Paris 7/19 Mars 1827.
|121v, 122r/v vacat|

Anmerkungen

  1. 1 |Merian| En général, les formes plus chargées sont plus anciennes. L’Or p. 36
  2. 2 |Merian| Ce qu’on appelle nom d’action [p. 100] est un participe ou un infinitif.
  3. 3 |Merian| L’adjectif et le substantif coïncident, parceque nous ne connoîssons pas la substance, et ne désignons les objets qu’en considérant une de leurs qualités éminentes.
  4. 4 |Merian| Des verbes comme handeln, magnétiser x. sont précédés assurément de noms substantifs: mais ces noms à leur tour avoient été précédés de verbes plus simples dont ils sont une application spéciale à l’objet: de là leur appellation de noms [Benennungen]
  5. 5 |Merian| Declinationibus et casibus nominum Hebraei, Chaldaei, et Syri carent: verborum conjugatio unica est et simplicissima, duo tantum tempora integra complectens. Weit.[g]
  6. 6 |Merian| M. Rémusat s’est trompé lorsque dans ses Recherches IV. p. 136. et dans le Journal asiatique XXV. p. 59. il a taxé de matérielle et stérile la comparaison lexicologique des mots. Cela prouve qu’il n’en a jamais saisi l’esprit, ni |111r| apperçu la partie philosophique résultant du rapport de la filiation des idées à celle des formes.
  7. 7 |Merian| Fourmont x.
  8. 8 |Merian| Le son est la véritable langue p. 81.
  9. 9 |Merian| Je ne sais s’il y auroit possibilité de retrouver l’accent samscrit [p. 85.] et autres au moyen du même principe.
  10. 10 |Merian| probablement à la manière des accents françois: car l’accent allemand n’est pas applicable à une langue presque monosyllabique.
  11. 11 |Merian| Le texte dit même que c’est au moyen de cet accent aigu qu’on donne un sens verbal à un substantif [?]
  12. 12 |Merian| Asia pol. p. 358.
  13. 13 |Merian| Whiter.[v]
  14. 14 |Merian| Hor. I. Sat. III.
  15. 15 |Merian| Deguignes 2257. 7862. 929. 1555. 4198.
  16. 16 |Merian| Asia pol. p. 378.
  17. 17 |Merian| Rémusat Mélanges.
  18. 18 |Merian| Deguignes 6483.
  19. 19 |Merian| p. 7. De la Dissertation latine ci-jointe.

  1. a |Editor| Dieser Brief scheint nicht erhalten zu sein.
  2. b |Editor| Die Seitenverweise beziehen sich auf die Druckfassung der Lettre à M. Abel-Rémusat aus dem Jahr 1827. – Den eigenhändigen Entwurf der Lettre vom 7. März 1826 siehe hier. [FZ]
  3. c |Editor| Im Anhang der Lettre auf S. 97. [FZ]
  4. d |Editor| Im Anhang der Lettre auf S. 113–120. [FZ]
  5. e |Editor| Humboldt mit Bleistift. [FZ]
  6. f |Editor| Diese Angabe bezieht sich auf Rémusats Anhang in Humboldts Lettre. [FZ]
  7. g |Editor| Siehe Ignaz Weitenauer (1759): Hierolexicon, Praefatio. [FZ]
  8. h |Editor| Links Markierung in Form eines großen »X« in Bleistift.
  9. i |Editor| Links Markierung in Form eines großen »X« in Bleistift.
  10. j |Editor| Links Markierung in Form eines großen »X« in Bleistift.
  11. k |Editor| Im Anhang der Lettre auf S. 105. [FZ]
  12. l |Editor| Links Markierung in Form eines großen »X« in Bleistift.
  13. m |Editor| Links Markierung in Form eines großen »X« in Bleistift.
  14. n |Editor| Gemeint ist Philip Dormer Stanhope, 4. Earl of Chesterfield, der in den Letters to His Son on the Art of Becoming a Man of the World and a Gentleman (Erstausgabe London 1774), Band 2, S. 195 schreibt: "There is a certain language of conversation, a fashionable diction, of which every gentleman ought to be perfectly master, in whatever language he speaks. The French attend to it carefully, and with great reason; and their language, which is a language of phrases, helps them out exceedingly." [FZ]
  15. o |Editor| Im Anhang der Lettre auf S. 106f. [FZ]
  16. p |Editor| Links Markierung in Form eines großen »X« in Bleistift.
  17. q |Editor| D.h. das Tableau des peuples qui habitent l’Europe, 2. Aufl., von Frédéric Schoell (auch: Maximilian Samson Friedrich Schöll). [FZ]
  18. r |Editor| Im Anhang der Lettre auf S. 99. [FZ]
  19. s |Editor| Im Anhang der Lettre auf S. 100. [FZ]
  20. t |Editor| Links Markierung in Form eines großen »X« in Bleistift.
  21. u |Editor| Links Markierung in Form eines großen »X« in Bleistift.
  22. v |Editor| Gemeint ist wohl Walter Whiters dreibändiges, von 1822 bis 1825 erschienenes Etymologicon Universale. [FZ]
  23. w |Editor| Links Markierung in Form eines großen »X« in Bleistift.
  24. x |Editor| Links Markierung in Form eines großen »X« in Bleistift.
  25. y |Editor| Im Anhang der Lettre auf S. 106f. [FZ]
  26. z |Editor| Im Anhang der Lettre auf S. 107f. [FZ]
  27. aa |Editor| Im Anhang der Lettre auf S. 120–122. [FZ]
  28. ab |Editor| Im Anhang der Lettre auf S. 110f. [FZ]
  29. ac |Editor| Links Markierung in Form eines großen »X« in Bleistift.
  30. ad |Editor| Jacob und Wilhelm Grimm. [FZ]

Über diesen Brief

Eigenhändig in Antiqua, deutsche Worte in Kurrentschrift (hier kursiv)
Schreibort
Antwort auf
  • 07.03.1826
Folgebrief
-

Quellen

Handschrift
  • Grundlage der Edition: Ehem. Preußische Staatsbibliothek zu Berlin, gegenwärtig in der Jagiellonen-Bibliothek Krakau, Coll. ling. fol. 17, Bl. 105–122
Druck
-
Nachweis
  • Mueller-Vollmer 1993, S. 158

In diesem Brief

Werke
Zitierhinweis

André Adolphe Baron de Merian an Wilhelm von Humboldt, 19.03.1827. In: Wilhelm von Humboldt: Online-Edition der Sprachwissenschaftlichen Korrespondenz. Berlin. Version vom 18.10.2021. URL: https://wvh-briefe.bbaw.de/421

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