Wilhelm von Humboldt an John Crawfurd, August 1831

|127r|
Mr. Crawfurd.
Monsieur,

Mes études des langues Malaies ont obtenû un immense secours par le Volume que Vous avez eû l’extrême bonté, Mr. de m’envoyer avec Votre lettre obligeante du 16 de Mai. Je n’avois jamais vû de Grammaire Javanoise, mais je savois pas Votre ouvrage imprimé que la langue Javanoise possédoit des formes grammaticales plus compliquées que la langue Malaie proprement dite. J’avois découvert <découvert ou plutôt deviné> par les textes en Kavi éntr’ entr’autres <formes grammaticales> le Passif formé par la syllabe inséré in (ginave de gawe) mais je restois incertain sur la justesse de ma conjecture. Votre Grammaire me l’a confirmée et m’a donnée une idée exacte et complotte de la structure grammaticale du Javanois.

L’essai sur les langues et la littérature des îles Indiennes est également intéressant sous un autre point de vue. Veuillez donc, Mr. agréer mes sincères et profondes remerciemens de toutes ces communications et de celles que Vous voulez bien encore me promettre. La libéralité avec laquelle Vous m’accordez la permission d’en faire tel usage que je jugerois convenable, est en effet admirable. Soyez bien sûr, Mr. que je saurai < sai |sic| > l’apprécier et qu’elle existe toute ma sensibilité. J’y ** Elle m’inspire en outre une telle confiance que j’ose même Vous prier d’avoir la bonté de me communiquer encore les deux Dictionnaires Javanois dont Vous me parlez. Celui dans lequel les mots Javanois, placés en ordre alphabétique, sont expliqués en Anglois, sera surtout d’une grande utilité pour moi. Celui qui se trouve dans le Volume que je tiens déjà de Vos bontés, donne les mots Anglois en Javanois et sert par là moins bien à mon usage. J’ai acquis àprésent l’habitude de lire avec facilité l’écriture Javanoise, et j’ai reçu après que j’avois déjà étudié Votre Grammaire manuscrite, une imprimée, publiée <en Hollandois> cette année même par un Allemand Mr. Gericke à Batavia.

< J’an* Je m’empresserai à Vous renvoyer, Mr. aussitôt que j’en aurai fait l’usage convenable, le Volume que Vous m’avez envoyé <fait passer> et les deux Dictionnaires que j’espère encore d’obtenir de Vos bontés.>

Vous êtes infiniment bon, Mr. de placer quelque espérance dans l’ouvrage que je prépare. Je sens toute la difficulté d’ecrire après Vous sur ces matières, et je ne l’aurois jamais entrepris, si le but & le genre de mon travail ne différoient pas essentiellement du Vôtre. Ce dernier <Vous avez> embrassé la Réligion, les lois, |127v| le caractère, les moeurs, l’histoire, en un mot tout ce qui peut contribuer à <faire> connoître et à juger une nation; je me bornerai aux langues seulement. Quant à l’étendue géographique mon plan est d’un côté plus vaste, puisqu’il embrasse d’un côté aussi Madagascar, les îles Philippines et celles de la Nouvelle Zelande jusqu’à l’Amérique; mais d’un autre côté il est bien plus retréci, puisque dans l’Archipel Indien même je ne m’arrêterai qu’aux langues dont on connoit la Grammaire en faisant à peine mention de celles dont on a que des Vocabulaires. La seule chose par laquelle je pourrai peut-être fournir des idées qui pourront sans nous éclairer d’avantage sur le systeme qu’il faut former sur l’ensemble de ces langues, c’est l’étude que j’ai faite de celles des îles Philippines. Les rapports surtout du Javanois avec les langues Tagale, Bisaya, Pampanya et autres sont tels que je crois que Vous conviendrez Vous même, Mr. qu’on doit * regarder ces dernières comme originaires. Le Javanois, le Malais proprement dit, l’idiôme de Madagascar, même en partie les langues des îles de la Mer du Sud ont des formes Gr grammaticales dont on peut tracer l’origine dans les langues des Philippines, tandisqu’il seroit impossible de se pocurer par aucune de ces langues en particulier, & même par par toutes ensemble, une idée à peu près complette de la langue Tagale. Je ne manquerai pas de

Je ne manquerai pas de parcourir les mémoires de la Société de Batavia pour trouver le morceau sur le Kavi dont Vous avez la bonté de me parler. Quant à ce qui a été publié sur les îles de la Mer du Sud en fait de Grammaires, de Vocabulaire et de traductions de morceaux de la Bible je crois posséder tout ce qui a parû dans ce ce genre ces années dernières.

Je Vous écris, Mr. des bains de mer de Norderney dans l’Ost Frise, mais je serai sous peu de retour à Berlin. Je Vous prie de me faire passer Votre réponse par le Baron de Bülow, mon gendre, et de continuer à m’écrire en Anglois. Je ferai de même pour le François aussi dans < la suite ** la suite. Je n’oserois présenter mes phrases Angloises à un Auteur aussi distingué que Vous, Mr. par la pureté et l’élégance du style.>

<J’ai l’honneur d’être avec la considération la plus distinguée,
Monsieur,>
|128r/v vacat|