Eugène Vincent Stanislas Jacquet an Wilhelm von Humboldt, 18.01.1832 (?)

|23r| Monsieur le Baron

J’ai tant d’excuses à vous faire que je ne puis vous les presenter toutes à la fois. Jeme |sic| permettrai donc de ne vous en offrir dans cette lettre que pour l’envoi anonyme que je vous ai fait dans les derniers jours de Decembre des epreuves d’un memoire depuis longtemps composé qui venait de paraître dans le Journal asiatique. J’esperais en ce moment pouvoir vous annoncer cet envoi, deux ou trois jours après, par une lettre dont quelques pages etaient deja |23v| ecrites; mais des circonstances que j’aurai l’honneur de vous faire connâitre à la fin de cette lettre ne m’ont pas permis jusqu’à present de la terminer: je ne puis assez vous dire, Monsieur, quelle anxieté me fait eprouve|r| [a] ceretard |sic|, combien je suis mecontent de moi m|ême|, des circonstances qui m’entravent et dont je ne puis me debarasser; j’ai voulu, en interpos|ant| quelques mots d’excuses entre la date de la der|nière| lettre dont vous m’avez honoré et celle de la lettre que j’aurai bientôt, je l’espere, le loisir de terminer, j’ai voulu plutôt me dissimuler mon tort et attenuer le sentimen|t| d’inquietude qu’il me fait eprouver, que vous faire accepter des excuses qui ne seron|t| |24r| jamais une reparation suffisante de mon impolitesse. Je vous en fais, Monsieur, l’aveu avec franchise, Si je ne vous ai pas encore repondu, c’est la faute de mon esprit, mais je vous prie instamment de croire que ce n’est point celle de ma volonté: vous ne pouvez me juger plus severement que je ne me juge moi même.

Je ne puis non plus tarder plus longtemps à vous remercier de l’envoi que vous avez bien voulu me faire de la lettre de Mr A. Remusat; il a été convenu qu’elle parâitrait dans le J. Asiat. (no. de Mars); aussitôt que Mr J. Klaproth <à qui elle a été renvoyée pour examen, comme à l’un des commissaires du J. asiat. >, qui l’a encore entre les mains pour verifier les caracteres à faire graver, me l’aura remise, je m’empresserai, Monsieur, de vous la faire parvenir avec |24v| l’expression de ma gratitude et des details que je me permets de referrer pour cette autre lettre. Jene |sic| puis, Monsieur, puisque vous voulez bien dans votre derniere lettre vous occuper de moi, vous faire mieux connaître mon <ma> situation d’esp|oir| [b] actuelle, qu’en vous disant que je vis beaucoup de souvenirs et de regrets, bien peu d’esperances. Je vous prie, Monsieur, de vouloir bien presenter à Monsieur le Baron Alexandre qui s’e**  <s’est> joint au sentiment que vous m’exprim|ez| l’expression de mon respect et de ma gratitude. Je prends la liberté de vous envoyer, Monsieur, sous la même enveloppe que ce billet quelq|ues| feuilles depuis longtemps preparées dans l’int|en|tion de vous les offrir. Je crains bien qu|e| |25r| ne puissent vous être d’aucune utilité pour vos travaux sur les langues de l’amerique; c’est néanmoins ******  <avec ce> desir que je les avais reunies.

La premiere de ces feuilles presente une analyse sommaire de la grammaire algonquine des premieres pages de la quelle j’ai eu l’honneur de vous envoyer une copie. L’ouvrage existe MS. à la Bibliotheque Royale; si vous en desiriez la communication, je pense que les conservateurs **mpresseraient <s’empresseraient> de vous l’offrir

La seconde feuille presente des extraits de deux MSS. de la Bibliotheque de l’arsenal, le premier contenant un dictionnaire Iroquois , le second, tracé au crayon, paraissant contenir une histoire des guerres des tribes sauvages de l’amerique Septentr.le, |25v| en hieroglyphes (je me sors de ce mot à defaut d’aut|re| [c]); j’ai figuré quelques dessins de ce mS |sic| vieux, souillé et dechiré.

la troisieme feuille est la copie d’< *** > feuillet d’un MS. sur cuir de la Bibliotheque Royale ce MS formé de plusieurs peaux à peine preparé|es| et retenues par des cordelettes, est couvert de crasse; après l’avoir fait decrotter j’y ai reconnu un grand nombre de figures et de scenes semblables à celles que j’ai copiées: ce livre, (si j’ose le nommer ainsi), me parait être le rituel magique de quelqu’une des nations les plus grossieres de la Polynesie.

J’espere pouvoir accompagner ma prochai|ne| lettre de la copie d’une r**ation <relation> inedite |26r| d’un voyage dans les andes[d], fait vers le milieu du 16e siecle par Diego Rodriguez de Cuzco; j’ai retrouvé cette relation dans un vieux MS. Espagnol de la Bibl. Royale: je prierai Monsieur le Baron a. de humboldt de vouloir bien en accepter la copie.

Je vous prie, Monsieur de ne considerer ce billet que comme l’annonce d’une lettre dont l’etendue me permettra de vous presenter l’expression de <tous> mes regrets.

Veuillez accepter, Monsieur le Baron, celle de mes sentimens les plus respectueux
E. Jacquet
Paris ce 18 Janvier


|Anhang|

|26v vacat|

|27r, verschiedene Zeichnungen|

|27v vacat|

|28r| Livre des Sauvages |Darunter verschiedene Zeichnungen|

|28v| Volume in fo|lio|. titre de la reliure – Dictionnaire – Iroquois
80 pages doubles.
point detitre |sic| interieur

A – voyez avoir

il y a un Dieu trouvez un Dieu **

a entre deux verbes ne s’exprime point. exemple Je con** [e] à travailler on dit voila que je commence ce que je travaille lorsque a signifie le lieu comme aux champs à la cabane il s’exprime par gué *: à la campagne Kahentägué

ab. 8 p.**

abaisser les verbes n’ont point d’infinitif

abaissé  hektagué   ôhaouitti  *** de amené à tu**

< present >
j’abaisse  hektaguéha   hakaouitta  < hektaguéha  <signifier> ou hektagu *  <a terre simplement> >

tu abaisses  hektaguéha   hacha ouitta

il abaisse  hektaguéha   haha ouitta

nous abaissons

Duel
nous aguihaouitt *
vous Izi haouitta
ils hi haouitta

|29r| Bibl. R. X + 1613 <c> in fo|lio|

Le manuscrit qui porte le titre de Grammaire algonquine est un brouillon très confus destiné à l’impression. il se compose actuellement de 4 parties en 5 cahiers; la premiere pa**ie <partie> contient 31 pp. la seconde 61 pp. la troisieme 13 pp. la quatrieme 20 pp. Ce ms. n’est plus complet, une cinquieme partie devait contenir un dictionnaire Franç-algonq. et algonq. Franç. et etait peutêtre suivie de plusieurs autres divisions presentant un catechisme, des prieres, des hymnes en langue algonquine, une topographie de l’amerique septentrionale, l’histoire naturelle de ces contrées, un traité des moeurs et coutumes de ces peuples etc. Ils sont du moins les nombreux appendis promis dans le titre de la grammaire et qui devaient être réunis dans le nom general de lieux communs. on est certain qu’il ne s’est rien perdu de la partie proprement grammaticale de l’ouvrage, puisque la derniere phrase du dernier cahier est celle ci ce avertissement. J’ai mis partout autant que j’ai pu "la signification française sous chaque mot sauvage: quand j’ai été trop contraint, j’ai marqué avec des chiffres l’ordre qu’il faut tenir dans l’explication de chaque mot; je vais garder le même ordre dans la suite des lieux communs que je vous presente ici ensuite." et en réclame "Lieux communs"|.|

La premiere partie presente les paradigmes, sans discussions grammaticales, quelques remarques necessaires à l’intelligence des tableaux, exceptées. la seconde partie developpe la theorie de la grammaticale de **  <la> langue, quelques paradigmes supplementaires ou comparatifs y compris, la troisieme partie est destinée à la Syntaxe, la quatrieme traite des particules et des idiotismes.

1ere Partie Plusieurs declinaisons sont etablis par l’auteur, deux sont affectées aux substantifs s** a l’etat simple, quatre aux substantifs rendus complexes |29v| par l’addition des pronoms suffixes pronominaux. La division la plus generale des verbes est en verbes neutres – ( <trois> conjugaisons determinées par la lettre finale de la 3e personne du present de cette voie), verbes moyens (medium ) c’est à dire embrassant le sujet, l’acte, le rapport et <le complement> , quand ce ******  <complement> est un pronom, verbes actifs et passifs, renfermant le complement en eux mêmes et subdivisés en nobles et ignobles, verbes impersonnels (comprenant deux conjugaisons): cette partie est complete par des observations sur les verbes anomaux – Toutes ces divisions paraissent <sont> mal etablies et encore plus mal observées; les details paraissent néanmoins traités avec soin: ces paradigmes completés par les notions grammaticales qui se trouvent dans la seconde partie et etudiés avec une critique severe, donn** les elemens d’une théorie grammaticale beaucoup plus irreprochable que celle qui suit cet exposé du materiel de la langue.

2e Partie Les sujets traités dans cette partie sont – les valeurs de prononciation ou elemens vocaux (17 lettres, 4 voyelles a e c o, [4 diphtongues, 12 consonnes et une aspiration [H] – les parties de l’oraison – du Substantif (sous cette denomination est aussi compris l’adjectif) – [il n’y a point d’article] – du nom propre et du nom appellatif ou commun (sic) – le nom commun subdivisé en noble et ignoble – deux nombres le sing. et le plur. – de la particule numerale ou article indefini – des differentes especes de noms nobles et ignobles – des nombres subdivisés en nobles et ignobles, par application – des degrés de comparaisons – du pronom – remarques particulieres sur l’adjectif pronominal (toute cette partie est très confuse) – division des pronoms en nobles et ignobles – du verbe – du verbe substantif – observations sur les caracteres communs de tous les verbes – Regles generales de la conjugaison – il n’y a dans cette langue que 3 conjugaisons |30r| aux quelles se rapportent plus de cent formes verbales – 1ers verbes neutres – 2e verbes nobles actifs – verbes nobles passifs – Remarques generales sur les figuratives – remarques sur les finales – remarques particulieres sur la seconde conjugaison – remarques particulieres sur la trosieme conjugaison – du verbe impersonnel – des verbes <primitifs> de la premiere classe – Principes de la formation des verbes de la seconde classe – Remarques sur les mutations de voyelles, sur les augmens etc – de l’application des negations aux verbes – des negations propres aux divers modes du verbe – Des verbes frequentatifs – dubitatifs, affirmatifs, substantifs diminutifs etc – des verbes anomaux – de l’augment dans les verbes anomaux – remarques sur la syllabe ni. – des verbes impersonnels – ces indications sommaires ayant été recueillies dans l’ordre des matieres dont traite cette seconde partie, la confusion qu’elles presentent peut temoigner de celle qui regne dans la thèorie grammaticale qui vient d’être analysée; l’auteur n’est pas d’accord avec lui même sur les divisions generales et particulieres des conjugaisons; les paradigmes et la theorie qui doit les expliquer ne concordent point. Dans cette abscence de toute methode on ne peut d’empêcher d’observer que l’auteur comprenait mieux son sujet qu’il ne l’a exposé, les nombreuses observations, souvent pleines de finesse, qu’il a recueillies, ne demandent qu’à être presentées d’une maniere plus nette et disposées dans un ordre plus regulier.

Troisieme Partie – De la syntaxe proprement dite ou de l’accord des diverses parties du discours entr’elles. – (cette partie se compose d’observations qui ne suivent pas un ordre très régulier et qu’on ne peut même croire n’être que des notes detachées, <non soumises à un principe> systematique.) – de la phraséologie (la même remarque est applicable à cette partie)

quatrieme partie – Des diverses especes d’adverbes – des prepositions et propositions – des interjections – des conjonctions – |30v| des particules formant des idiotismes (dans l’ordre alphabetique) cette partie est la plus riche en exemples et la mieux traitée.

Enresumé cet ouvrage contient d’excellens materiaux

d’une grammaire algonquine;

Il me parait être, quelque soient ses defauts, beaucoup plus

savant que la grammaire Delaware de

Zeisberger.

Fußnoten

    1. a |Editor| Rechter Seitenrand des Digitalisats eingebunden.
    2. b |Editor| Rechter Seitenrand des Digitalisats eingebunden.
    3. c |Editor| Rechter Seitenrand des Digitalisats eingebunden.
    4. d |Editor| Das Manuskript wurde von Richard Pietschmann unter dem Titel Bericht des Diego Rodríguez de Figueroa über seine Verhandlungen mit dem Inka Titu Cusi Yupanqui in den Anden von Villcapampa in den "Nachrichten der Königlichen Gesellschaft der Wissenschaften zu Göttingen, Philologisch-historische Klasse 1910" herausgegeben; ebendort S. 79 der Verweis auf die Herkunft des Manuskriptes.
    5. e |Editor| Rechter Seitenrand des Digitalisats eingebunden.