Wilhelm von Humboldt an John Pickering, 09.04.1823

|1| Monsieur,

Je viens de recevoir avant peu de jours la lettre obligeante que Vous m’avez fait l’honneur de m’adresser en date du 18. Janvier, & m’empresse d’y répondre sur le champ, & de Vous en exprimer ma sincère & vive reconnoissance.

L’ouvrage de M.r le D.r Morse m’a beaucoup intéressé, je l’ai d’abord lû d’un bout à l’autre, & serai dans le cas d’y recourir souvent. Il ne renferme, comme Vous dites très-bien, Monsieur, guères beaucoup de données sur les langues Indiennes, mais d’une manière indirecte je l’ai trouvé sous un double point de vue extrêmement intéressant et même essentiel pour l’étude à laquelle je me suis voué. D’un côté il donne des détails très-précieux sur le nombre, les différentes dénominations, et la force des différentes nations dans une très-grande partie de l’Amérique Septentrionale, et désigne avec beaucoup plus d’exactitude & d’authenticité les différens districts qu’elles occupent, que cela ne se trouve dans aucun autre ouvrage; de l’autre côté les étrangers trouvent seulement dans son ouvrage des notions exactes & sûres sur les rapports entre ces nations sauvages et le Gouvernement |2|des Etâts unis sur le degré de civilisation auquel les premières sont déjà parvenues & sur celui que Votre gouvernement, egalement sage & humain, désire leur faire atteindre. Les détails géographiques sont tout à fait indispensables, si l’on veut se former une idée claire sur la distribution des différens idiômes sur un si vaste territoire, & il seroit impossible de connoître, même jusqu’au point où cela est possible sans s’abandonner à des conjectures, souvent erronées, les migrations, l’affinité & l’embranchement de ces diverses peuplades sans ce secours essentiel. Quant à l’étât moral & intellectuel il est extrêmement curieux de distinguer ce que ces sauvages doivent pour ainsi dire à la nature, & ce qu’elles |sic| ont par conséquent déjà possédé, & peut-être a un dégré beaucoup plus supérieur, avant d’avoir connû les Européens, de ce qu’ils ont acquis depuis. J’ai été étonné de voir par leurs discours, leurs reparties & même de légers échantillons de poésie, de quel talent la nature même les a doués. Rien ne seroit si intéressant que si M.r Morse pouvoit nous communiquer quelques vers des discours qu’il rapporte, dans l’idiôme original. Il s’en trouve dans d’autres ouvrages d’imprimés, mais il seroit très-utile d’en augmenter le nombre. Je Vous prie, Monsieur, de remercier vivement M.r Morse du plaisir qu’il m’a causé par l’envoi de son ouvrage, & de le prier instamment, aussi en mon nom, de publier bientôt les matériaux, qu’il dit posséder sur les idiômes de ces nations Indiennes qui ont fait l’objèt de ses recherches.

|3|Je me rejouis d’avance de recevoir bientôt moyennant Vos bontés, la nouvelle édition du mémoire d’Edwards sur l’Idiôme Mohegan. Vous irez acquérir par là, Monsieur, de nouveaux titres à la reconnoissance de tous ceux qui s’intéressent à ces objets.

J’ai l’honneur d’être avec la considération la plus distinguée,
Monsieur,
Votre,
très-humble et très-obéissant
Serviteur,
Humboldt.
à Berlin, ce 9. Avril, 1823.

|4|
To John Pickering, Esquire,
Salem near Boston,
in Massachusetts,
United States of America.





|Anhang|

|Fremde Hand|Forwarded by Your Most obd servt
FredAdolph|?Delius
Bremen 24th April 1823