Wilhelm von Humboldt an John Pickering, 22.09.1827

|1| Monsieur,

J’aime à me flatter que Vous aurez reçu, Monsieur, les mémoires que j’ai eû l’honneur de Vous envoyer il y a quelques années. J’apprends au moins par M.r Duponceau que ceux que je lui avois déstinés, lui sont exactement parvenûs. Mais j’ai à regretter une lettre qu’il a bien voulû m’écrire et que je n’ai pas reçue. J’ai peut-être essuyé la même perte aussi de Votre part, Monsieur.

Je prends la liberté de Vous addresser aujourd’hui une dissertation sur la langue Chinoise et sa Grammaire. Je Vous prie de vouloir bien l’accueillir avec la même indulgente bonté que j’ai si souvent éprouvée de Votre part. Vous trouverez en parcourant, Monsieur, mon petit écrit qu’il renferme des notes de M.r Abel-Remusat dans lesquelles il combat quelquesunes de mes opinions. Je crois pouvoir répondre à la plupart de ses objections, je crois surtout qu’il attache trop de poids à l’influence que l’écriture Chinoise a pû avoir sur la grammaire de cette langue. Je me propose de revenir sur ce sujèt dans un ouvrage qui m’occupe dans ce moment.

Je n’ai pas manqué de continuer mes études sur les |2|langues Américaines. La collection de matériaux que je possède, s’est enrichie considérablement par des ouvrages et des manuscrits que je me suis procurés de différens endroits. J’ai trouvé en Espagne une grammaire de la langue Yunga, à Munich une de la langue des Chaymas, en Russie une Grammaire Manuscrite de la langue des Chiquitos, auprès des frères Moraviens de l’Allemagne d une grammaire et un Dictionnaire manuscrits de la langue des Aravaques. Les deux premières de ces langues étoient aussi bien qu’inconnues à Adelung & Vater. J’ai fait un long travail sur l’Alphabet et la prononciation de toutes les langues de l’Amérique méridionale. J’ai tâché de fixer les sons autant que nos matériaux actuels le permettent. J’ai fait beaucoup usage de Votre intéressant mémoire pendant ce travail. Tout récemment je me suis occupé des langues des isles de la mer pacifique dont la grammaire est remarquable, quoique bien inférieure à celle des langues Américaines. J’apprends à ma très-grande satisfaction que la grammaire de Zeisberger va paroître sous peu. Vous aviez aussi le projèt. Monsieur, de faire imprimer des Manuscrits, nommément les travaux de Cotton et de Râle. Je suis bien impatient d’apprendre, si Vous avez poursuivi ce plan.

M.r Niederstetter, notre Ministre auprès des Etâts-Unis, m’a permis de Vous faire parvenir cette lettre, Monsieur. Il me marque qu’il a eû l’avantage de faire Votre connoissance. Je regrette que ma position ne me permette pas de faire un jour un voyage en Amérique et d’avoir le plaisir de Vous y voir.

Veuillez en revanche agréer par ces lignes l’assurance des sentimens les plus distingués avec lesquelles j’ai l’honneur d’être,
Monsieur,
Votre
très-humble & très-obéissant serviteur,
Humboldt.
à Tegel, ce 22. Septembre, 1827.

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A Monsieur,
Monsieur J. Pickering,
Salem.


|Niederstetter|Massachusets
with Mr. Niederstetter’s Compliments
Philadelphia Decbr. 24.