Wilhelm von Humboldt an Peter Stephen Duponceau, 13.11.1828

|1*| Monsieur,

J’ai eû l’honneur de Vous addresser une lettre cet été lors du séjour que j’ai fait cette année à Londres, et je me flatte qu’elle Vous scu dûment arrivée. Je l’avois recommendée aux soins de Mr. Niederstetter. A mon retour à Berlin j’ai trouvé Votre lettre obligeante du 21. Septembre [a] accompagnée de la belle copie de la Grammaire Tarasque, et depuis j’ai reçu celle du 13. Mars avec l’ouvrage imprimée de Sr.|?Hunter et un recueil de mots Onondagos.

Je ne saurois assez Vous remercier, Monsieur, de ces divers envois, surtout de celui de la Grammaire Tarasque. La copie est supérieurement bien faite et les soins bienviellans que Vous avez bien voulû vouer à sa correction, lui garantissent son exactitude. Il <Il> [b] est à regretter seulement que cette grammaire du P. Basalenque ne paroit être qu’un extrait de celle du P. Lagunas. On desireroit ces bien des endroits p où elle est presqu’ obscure à course de sa brièveté, qu’elle donnât plus de développemens à <aux> regles qu’elle établit, et que surtout il a|?| eût des phrases desquelles on pourroit voir l’application des principes posés. C’est p. e. une chose infiniment curieuse que ses <ces> particules pour les parties principales du corps humain qui s’attachent aux verbes. Je n’ai pas pû découvrir encore, si ces particules sont des parties des mots par lesquels on désigne ces parties ou non. Mais j’espère voir plus clair là-dessus, lorsque j’avois fait une étude plus profonde de l’ensemble de l’ouvrage, et que je me suis formé une liste des mots qu’il renferme. Car un petit vocabulaire est presqu’ |2*| indispensable[c] lorsqu’on veut faire l’étude de la grammaire d’une langue inconnue.

J’ai trouvé cet été à Paris un P. Thavenet qui pendant longtems a été Missionnaire parmi les Algonquins et qui se prepare d’en publier la grammaire. Mais il ne connoissoit pas même la Grammaire Delaware de Mr. Zeisberger et Vos écrits sur les langues de l’Amérique et me paroit bien pas préparé pour un ouvrage de cette nature. Il existe chez un particulier à Paris un immense dictionnaire Algonquin en manuscrit.

Je Vous remercie des détails que Vous me donnez, Monsieur, de la grammaire Arawaque de Mr. Schulze. Il est singulier que je possède une grammaire manuscrite qui paroit être parfaitement la même que la Vôtre, mais dont l’auteur m’a été nommé Schumann. Elle finit également avec le §. 118. Le suivant n’est que commencé, et le nommé Christlieb Quandt qui a possédé cette grammaire, observe dans une note que la suite qui devoit traiter des verbes irréguliers ou ne doit pas avoir été écrite ou s’être perdue. Mais ce même Quandt a ajouté a mon exemplaire un Supplément sur ces verbes. Une troisième espès |sic| de ce même manuscrit, mais qui ne va que jusqu’au §. 46. existe dans la Bibliotheque de l’Université de Jena.

Je possède également un Dict. Arawaque-Alemand et Allemand-Arawaque en manuscrit provenant des frères Moraves. Mais le dernier est très-mince|?| et le premier renferme 380. pages d’une écriture assez serrée. J’ai aussi rapporté de la Bibliotheque de Paris une grammaire Caribe du P. Breton qui est extrêmement rare, et il sera possible de cette manière de comparer ces différens dialectes qui appartiennent à la même grande nation qui a joué un si grand rôle dans l’Amérique méridionale. J’ai aussi fait extraire du dict. du P. Breton toutes les expressions particulières aux femmes.

|3*| Il est infiniment précieux, Monsieur, que Vous voulez conjointement avec Mr. Williams Vous occuper des langues Iroquoises et former une grammaire Mohawk. J’ai rapporté de Londres la traduction de l’Evangèle de St. Jean dans cette langue que la societé de Bible y a publiée. Mais il est infiniment difficule de tirer parti d’un pareil ouvrage sans grammaire et sans dictionnaire. Ce sera à Vos soins qu’on elevra|?| les premiers éclairecissemens sur ces langues qu’il sera fort important de comparer avec la langue Delaware. Ce que Vous me dites sur l’expression particulière de père, lorsque ce veut s’addresser à l’Etre suprême, est on ne peut pas plus sublime.

La mort de Don Pedro Perez est infiniment à regretter d’après ce que Vous m’en dites, Monsieur. La langue Qquichua est certainement une des plus intéressantes parmi celles du nouveau Continent. Elle a surtout une manière de grouper les mots qui ont dans la construction un rapport plus rapproché ensemble, qui m’a toujours parû fort concise. Ces mots ne forment pas un mot ensemble, mais sont intimement liés ensemble, puisque le principal seul a la flexion grammaticale à laquelle se rapportent tous ceux qu’il faut regarder comme curieux|?|. Une longue période se divise par là dans plusieurs phrases qui forment de petits ensembles chacune dans son soin. Il faut ajouter à cela un grand nombre de particles particules qui ne peuvent se précéder et se suivre que dans un ordre donné. Je ne connois aucune idiôme où en général la succession des différentes parties du discours fût plus impérieusement réglé que dans la Péruvienne. Ce qui est bien plus curieux encore, c’est cette langue particulière de la famille des Incas. Il est dommage seulement qu’il soit impossible de s’en former une idée précise. Garcilasso de la Vega est le seul auteur, à ce que je crois, qui en parle avec quelque détail. Mais qui qu’issû de cette même famille, il ne pa paroit plus avoir possédé cet idiôme. Il en cite quelques mots que j’ai recueillis, l’ayant lû en entier|?| & très-at-|4*|tentivement. Mais je suis resté entièrement incertain, si l’on doit regarder cette langue comme un autre dialecte, puisque la famille des Incas étoit peut-être d’une origine étrangère, ou si s’étoit in idiome semblable à ceux qui dans quelques parties de l’Asie distinguent les classes plus élevées du peuple. Cette dernière supposition m’a cependant parû la plus vraisemblable.

J’addresse à Mr. Niederstetter trois exemplaires d’un mémoire Académique sur la forme grammaticale du Dual que j’ai fait imprimer avant mon dep voyage de cet été. Je Vous prie d’en garder un, de présenter le second à la Société qui m’a fait l’honneur de m’associer à ses travaux, et de disposer du troisième de la manière qui Vous paroitre la plus convenable. Vous venez que je tâche d’y prouver que le Dual est fondé dans les apperçues les plus intimes de l’homme, et ne peut pas être regardé comme un simple luxe de quelques langues qui aiment à compliquer leur Grammaire. J’y ai fait aussi un dénombrement de langues qui possèdent le Dual, mais je suis sûr que la liste que j’ai formée, est encore incomplette.

Pendant mon séjour à Londres j’ai été consulté sur les travaux que la Société Asiatique parroit entreprendre par la connoissance plus approfondie des langues de l’Inde. On avoit le projèt de recueillir des vocabulaires. J’ai déconseillé de se borner à cette méthode extrêmement imparfaite, et j’ai exposé mes principes sur l’affinité des langues et les recherches qui peuvent la découvrir. J’ai avancé que c’est l’identité des idiômes. J’ai addressé là-dessus une lettre à Sir Alexandre Johnston qui a été lue à la Société et imprimée par elle. Je n’en ai pas encore reçus d’exemplaires, mais je tâcherai de Vous en faire parvenir de Londres.

Veuillez, Monsieur, agréer l’assurance|?| réitérée des sentimens très-distingués avec lesquels j’ai l’honneur d’être,
Monsieur,
Votre
très-humble & très-obéissant
serviteur,
Humboldt.
à Berlin, ce 13. Novembre, 1828.[d]

Fußnoten

    1. a |Editor| Ist der Brief Duponceaus vom 21. Februar 1828 gemeint, mit dem er die taraskische Grammatik an Humboldt schickte? Der letzte Brief Humboldts an Duponceau datiert vom 21. September 1827!
    2. b |Editor| Das ursprünglich geschriebene „Il“ wurde durch einen Tintenfleck überdeckt und erneut von Humboldt eingesetzt.
    3. c |Editor| Ergänzt aus der Kustode. Humboldt hat an dieser Stelle irrtümlich „dispensable“ geschrieben.
    4. d |Editor| Links am Rand: „Baron W. Humboldt / 13 Nov: 1828 / Rec. 25 April 1829 / 5 m͠o“